Smartphones et stratégies chinoises : Huawei attaque, Xiaomi rachète

La Chine est encore considérée par certains comme « l’usine du monde »,  notamment dans le domaine des smartphones et de leur conception.

En fait, la Chine a longtemps été cantonnée au rôle de terre de fabrication pour des acteurs étrangers précurseurs dans le domaine et, par conséquent, détenteurs de la majorité de la propriété industrielle y afférant.

Cependant, cette situation a dernièrement pris du plomb dans l’aile avec la montée en puissance des sociétés chinoises conceptrices et fabricantes de smartphones et leurs forts investissements en matière de recherche et développement. La société Huawei est une illustration claire de cette dynamique dans laquelle les sociétés chinoises utilisent leurs armes en propriété industrielle et n’hésitent plus à attaquer. La société Xiaomi donne un autre exemple d’action offensive, par rachat de portefeuille de brevets.

Huawei attaque Samsung

En termes de guerre de brevets avec pour thématique de fond les smartphones, il n’est pas de batailles plus célèbres que celles opposant Samsung et Apple, notamment sur le territoire américain.

Cependant, un nouvel acteur semble bien décidé à faire valoir ses droits de propriété industrielle : Huawei.

En effet, le désormais troisième fabriquant de smartphones mondial et premier déposant de demandes internationales des deux dernières années (3 442 demandes), a décidé de sortir les griffes. Il a intenté récemment des procès contre Samsung, aux Etats-Unis et en Chine, pour contrefaçon de plusieurs de ses brevets relatifs aux réseaux 4G, aux systèmes d’exploitation, mais également à l’interface utilisateur des smartphones.

Ces deux procès constituent des actes historiques car c’est la première fois qu’une entreprise chinoise attaque un géant des smartphones tel que Samsung pour contrefaçon de brevets. Ces actions en justice sont un sérieux message envoyé au reste des fabricants par la société chinoise, comme le reflète le communiqué de son président du département des droits de propriété intellectuelle Ding Jianxing sur ces affaires : « Nous espérons que Samsung va (…) arrêter de porter atteinte à nos brevets et obtenir la licence nécessaire de Huawei, et travailler en collaboration avec Huawei pour conduire conjointement l’industrie vers l’avant ».

Samsung a, pour sa part, annoncé ne pas vouloir en rester là. La société coréenne a indiqué qu’elle allait « engager les actions adéquates pour protéger ses intérêts. », ce qui laisse penser qu’une riposte basée également sur une éventuelle contrefaçon par Huawei de brevets détenus par Samsung est envisageable, comme ce fut la stratégie de défense de Samsung lors de son dernier litige l’opposant à Nvidia.

 Xiaomi mise quant-à-elle sur Microsoft

La donne est légèrement différente pour une autre société chinoise, Xiaomi, véritable rouleau compresseur des smartphones de haute qualité à prix accessibles.

Cette entreprise, fondée au début des années 2010, a connu une croissance phénoménale au point d’être classée en 2014 troisième fabricant de smartphones mondial en termes de vente.

Cependant, l’année 2015 marque une stagnation de ses ventes de smartphones sur le territoire chinois, où l’objectif des 100 millions d’exemplaires n’a pas été atteint. En effet, la concurrence toujours plus féroce des fabricants étrangers et la montée en puissance de nouveaux fabricants chinois, tels que Huawei, n’auront permis à Xiaomi de n’écouler que 70 millions de produits.

Par conséquent, la société devenue célèbre pour son système d’exploitation MIUI, dérivé du système d’exploitation Android, cible une stratégie de développement à l’international ambitieuse.

Pour ce faire, Xiaomi vient d’annoncer le rachat de pas moins de 1500 brevets détenus par Microsoft et portant sur les technologies relatives aux communications vocales ou encore au cloud. Un article sur ce sujet sera publié prochainement sur notre blog.

Outre le virage en matière de système d’exploitation, ce rachat démontre une véritable prise de conscience de fabricants chinois quant à la corrélation nécessaire entre propriété industrielle et développement à l’international viable.

En effet, comme Xiaomi l’a récemment expérimenté en Inde, où elle a été soumise à une interdiction provisoire d’importer et vendre certains de ses produits à cause d’une contrefaçon présumée de huit brevets appartenant au géant suédois Ericsson, il apparaît plus que nécessaire d’avoir de solides certitudes quant à sa liberté d’exploitation et ses armes en matière de propriété industrielle dans le ou les pays où l’on souhaite pérenniser son développement.

Xiaomi, Huawei, et plus généralement les fabricants de smartphones chinois, semblent disposés à développer ce savoir-faire.

 

Article rédigé par Romain PERRINE du cabinet LLRllr

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