Publicité en Chine, attention aux nouvelles dispositions !

La loi sur la publicité en Chine vient d’être modifiée de façon à interdire la publicité mensongère et à réguler les publicités sur le tabac, l’alcool, les produits médicaux voire cosmétiques, ou encore de façon générale sur ce qui est adressé aux mineurs de moins de 14 ans.

Cette loi n’avait pas été revue depuis son adoption le 27 octobre 1994. Le Congrès national du peuple a commencé à s’y atteler dans les années 2000 et après plusieurs projets de modification, la loi sur la publicité en Chine a été officiellement révisée le 24 avril 2015 et est entrée en vigueur le 1er septembre 2015.

L’objectif principal de ces nouvelles dispositions est de mieux protéger les consommateurs chinois, lesquels subissent les conséquences de la publicité mensongère, notamment en achetant des produits de mauvaise qualité.

En ce sens, l’article 3 de la loi révisée rappelle que la publicité doit être véridique et légale et l’article 4 indique qu’elle ne doit pas être mensongère et tromper les consommateurs.

Par ailleurs, les nouvelles dispositions régissent précisément la publicité relative à certains produits notamment le tabac, l’alcool, les médicaments ou encore les produits vétérinaires.

Parmi les nouveautés les plus notables, on peut citer l’encadrement de la publicité pour le tabac assuré par l’article 22 puisque, en pratique, toute publicité en lien avec le tabac est désormais prohibée.

Certes, il était déjà interdit de diffuser des publicités pour ce produit à la télévision, dans les journaux ainsi que dans les lieux publics, et les publicités autorisées devaient mentionner que « le tabac est dangereux pour la santé ». Désormais, ces interdictions sont étendues à toutes les formes de média et à tous les lieux publics (intérieurs ou extérieurs).

Néanmoins, les nouvelles dispositions vont encore plus loin en interdisant toute référence aux produits du tabac ou à leurs marques dans des publicités qui concernent d’autres produits et services, et même dans de simples informations qui seraient diffusées par une entreprise de l’industrie du tabac, par exemple pour indiquer un changement d’adresse.

Par ailleurs, toujours dans le but de mieux protéger les consommateurs et surtout les mineurs, l’article 40 de la loi révisée interdit toute publicité à leur égard en ce qui concerne notamment l’alcool, les produits médicaux et pharmaceutiques ou encore les traitements cosmétiques. Quant aux mineurs de moins de 14 ans, toute publicité pouvant les inciter à adopter « un comportement imprudent » est interdite. La loi va donc assez loin dans la protection des mineurs et complique la tâche des entreprises spécialisées dans les produits pour enfants.

Vous l’aurez compris, cette loi est riche de nouveautés et à défaut de pouvoir toutes les exposer ici, nous vous invitons à vous y reporter pour les découvrir en détails.

Ailleurs dans le monde, la publicité est également assez contrôlée, notamment relativement au tabac et à l’alcool.

La loi Evin adoptée en 1991 en France limitait déjà la publicité pour ces produits et récemment les discussions sur l’adoption du paquet de cigarettes neutre ont fait grand bruit, alors que ce dernier a été adopté dès 2012 en Australie.

Toutefois, contrairement à la Chine, il semblerait que la France fasse un pas en arrière en ce qui concerne la publicité sur l’alcool puisque dans le cadre de la loi Macron, le Sénat vient d’accepter un assouplissement de la loi Evin. Il serait désormais possible d’informer sur l’alcool en ce qui concerne les « contenus journalistiques ou œnotouristiques » consacrés à une « région de production ou au patrimoine culturel, gastronomique ou paysager liés à une boisson alcoolique », sans que cela ne soit assimilé à de la publicité.

Ces divergences de régime entre pays ne manqueront certainement pas de constituer un casse-tête pour les industriels qui souhaiteraient développer une campagne publicitaire à grande échelle.

Pour en revenir à la Chine, il convient d’être très prudent dans le cadre de la diffusion d’une nouvelle campagne de publicité en Chine, quel qu’en soit le support. En effet, si les annonces ne sont pas conformes à la loi, toutes les personnes qui sont intervenues dans leur création et leur diffusion engagent leur responsabilité. Elles s’exposent à un ordre de cessation de diffusion de l’annonce, ainsi qu’au paiement d’une amende pouvant aller de trois à cinq fois le montant des frais engagés pour la création de l’annonce publicitaire.

Toutefois, cette loi est évidemment une avancée positive pour la Chine en termes de protection de ses consommateurs même si elle complique la diffusion de publicités dans ce pays. Ainsi, préalablement à tout lancement d’une campagne publicitaire, mieux vaut vérifier sa conformité à la loi sur la publicité révisée et entrée en vigueur le 1er septembre 2015.

 Article rédigé par Mathilde ESCUDIER, du cabinet LLRlogo LLR

 

Position de la Chine sur les brevets de smartphones

Les guerres de brevets dans le marché des télécommunications sont de loin les plus célèbres de ces dernières années, compte-tenu des marchés en jeu que sont les smartphones et autres tablettes. En février 2015, l’administration chinoise s’est prononcée sur un cas connu dans le domaine de la téléphonie mobile, relatif à l’utilisation des technologies 3G et 4G. Il s’agit là d’une prise de position chinoise sur la question des brevets essentiels.

Avant tout, quelques éléments pour rappeler le contexte de la téléphonie mobile : lorsque des brevets sont nécessaires pour l’utilisation d’un standard de télécommunication, ils sont considérés comme des brevets essentiels (SEP, pour « Standard Essential Patent ») et leurs titulaires sont tenus de concéder une licence globale, devant être juste, raisonnable et non discriminatoire, appelée licence « FRAND » (pour Fair, Reasonable and Non Discriminatory). Il se trouve qu’en plus de ces conditions de licences FRAND, les lois de régulation de la concurrence présentes dans les différents pays constituent d’autres paramètres qui faussent l’application classique du droit des brevets.
Voici dans ce qui suit une illustration chinoise du tiraillement qui peut exister entre les titulaires de brevets essentiels qui veulent faire respecter leurs droits et les autorités régulant la concurrence, soucieuses de laisser une certaine concurrence et imposant certaines conditions.
 smartphones
En effet, l’autorité chinoise de la concurrence, la NDRC (« National Development and Reform Commission »), s’est prononcée en février sur la position d’un titulaire de brevets essentiels sur le marché chinois.
Qualcomm est un leader mondial, et tout particulièrement sur le marché chinois, dans la fabrication de puces de smartphones, utilisant notamment les technologies 3G et 4G. Qualcomm est par ailleurs titulaire de brevets considérés comme essentiels sur ces technologies et la position de la NDRC permet, au-delà de la question de la position dominante de Qualcomm, de connaître quelle appréciation est donnée par la Chine sur les licences FRAND.
Ainsi, la décision de la NDRC est la suivante :
– Qualcomm a été en abus de position dominante sur les 4 marchés identifiés. Notons que l’abus de position dominante a été constaté en particulier et de façon relativement surprenante pour l’un des marchés dans lequel Qualcomm détenait – seulement – 53% des parts du marché, contre plus de 90% pour les autres marchés : la NDRC a tenu compte du fait que, sur ce marché particulier, les autres acteurs du marché étaient peu nombreux, ce qui résultait en une forte barrière pour l’intégrer.
– Qualcomm a fait preuve d’une conduite abusive notamment en raison d’un montant des redevances demandées qui n’est pas juste, pour plusieurs raisons : la liste des brevets essentiels mentionnait des brevets expirés, Qualcomm exigeait des licences gratuites en retour de la leur, et les montants ont été considérés comme non raisonnables, car basés sur le prix de tout le mobile.

– D’autres conduites abusives ont été identifiées, à savoir le fait de lier des brevets essentiels avec des brevets non essentiels, et le fait de proposer des conditions injustes en refusant de permettre la vente de produits si des licences, jugées non raisonnables, ne sont pas payées.

En conséquence de ces constats, la NDRC a considéré que Qualcomm avait violé la Loi Anti-Monopole (AML, « Anti-Monopoly Law ») et a demandé à la société de payer 975 Millions de dollars.

En outre, la NDRC a fixé les conditions des licences FRAND relatives aux technologies concernées : un taux de redevances de 5% pour les dispositifs 3G et de 3,5% pour les 4G (qui ne mettent pas en oeuvre certaines technologies). Néanmoins, et il s’agit là d’une certaine originalité, le taux de licence (ne) s’appliquera (que) sur 65% du prix de vente net du téléphone.
Ainsi, alors que le taux des licences est relativement classique, l’assiette de calcul de la redevance est réduite de 100% à 65% du prix du téléphone, ce qui constitue une approche originale, une façon de limiter les montants demandés par les titulaires de brevets essentiels.
Qualcomm devra par ailleurs concéder des licences sur les brevets essentiels de façon distincte de licences sur d’autres brevets.
De telles conditions devraient s’appliquer notamment pour les sociétés chinoises telles que Xiaomi ou Lenovo qui vendent beaucoup de smartphones en Chine. Qualcomm devrait probablement utiliser la décision comme base pour les accords avec ces sociétés.

Article rédigé par Clémence VALLEE-THIOLLIER, du cabinet LLRllr_new