L’innovation, nouvelle priorité du gouvernement chinois

La Chine poursuit son objectif de devenir le pays de l’innovation : elle annonce son plan « Made in China 2025″ visant à favoriser les subventions en R&D. Voici un article que le journaliste et spécialiste de la Chine Eric Meyer a publié dans l’hebdomadaire Le Vent de la Chine le 22 mai 2015 et qu’il nous autorise à reproduire.

 

« Made in China 2025 », un plan pavé de bonnes intentions

Dévoilé le 19 mai par le ministre de l’Industrie & des Technologies de l’Information, Miao Wei, le plan « Made in China 2025 » reflète le programme décennal allemand « Industry 4.0 », qui se réfère à une « 4ème Révolution industrielle », celle de la connectique (après celles de la vapeur, de l’électricité et de l’information). Non sans courage, le plan chinois veut quitter la formule qui a fait 30 ans la fortune de son industrie, les primes à l’export de produits bas de gamme. La Chine ne veut plus se contenter d’être l’assembleur (chez Foxconn, au Guangdong) des iPhones d’une valeur à l’export de 180$, dont 7$ seulement pour l’assembleur (sa valeur « ajoutée »), revendus ensuite 500 $ pièce partout dans le monde. Ouvrier Pétrole

La priorité ira à l’innovation, aux produits à faible empreinte-carbone, et à la qualité. 10 secteurs sont visés : spatial, robotique, véhicules à énergies nouvelles, bio ingénierie, nouveaux matériaux, bio agronomie… Si les choses vont selon le plan, les subventions iront donc dans la R&D plutôt que dans la guerre des prix entre provinces. Exemple : 182 milliards de $ seront investis sous 3 ans pour améliorer la vitesse de l’internet chinois, aujourd’hui de 4,25 megabits/sec, en moyenne, face aux 25,3 Mbps atteints par la Corée du Sud, leader mondial. Ceci, pour renforcer l’industrie des services connectés. En 2014, un fonds de 19 milliards de $ a été créé pour soutenir le microprocesseur local, pour s’éviter l’importation à prix d’or, pour une note de 210 milliards de $ l’an dernier-plus chère que celle de pétrole. Un point intéressant du plan, est que le gouvernement prétend tracer la politique, mais en laisser l’application au marché, privé ou public, en créant l’égalité d’accès aux technologies et aux crédits.

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres, et l’Etat partir de bas : aux universités comme dans les centres publics de R&D, fleurissent mandarinat et plagiat. Le plan pourra-t-il réussir sans changer en même temps les mentalités ailleurs : sans déréguler presse, universités, justice ? À voir !

 

Article rédigé par Eric MEYER dans Le Vent de la ChineLVDV innovation